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smiley : envelope Message pour vous

Chers Vous,

Je ne vous quitte pas mais, pour le moment, une suite d'événements ne me laisse pas d’espace pour écrire.

Parallèlement, j’ai envie que ces Petits plaisirs vivent alors j’ai créé une édition participative sur Mediapart.fr, édition dans laquelle plusieurs rédacteurs peuvent écrire leurs “Petits plaisirs du jour”.

Inconvénient : Mediapart est un site payant dès lors que l’on veut poster des commentaires sur les blogs  ou les éditions participatives, mais la simple lecture de ces derniers est gratuit, en accès libre.

Si vous voulez y faire un tour, c’est à cette adresse :
http://www.mediapart.fr/node/10398
(Pour le moment, ne sont en ligne que des textes que vous connaissez.)

Je ne vous quitte pas puisque je passe régulièrement voir les billets de Karmaos. :-)
Bien à vous,

mercredi 23 avril à 22h41 par myr | # | 7 commentaires

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Histoire d'accoudoir

Elle aime s’accouder sur un rebord. Au moment précis où ses avant-bras prennent position sur le support, sa main gauche vient instinctivement se caler contre sa poitrine pour empaumer son sein droit. Dans la chaleur de ses contemplations, elle dessine le cours d’une rivière, observe le sens d’une pluie battante ou découvre un paysage qui amène le printemps dans son regard. Une légère pression de ses doigts transmet à tout son corps l’émotion du moment.
Il lui arrive d’emprunter involontairement cette position en discutant avec un homme mais, en fait, ce n’est jamais par hasard. Cela, elle le devine au fil de la conversation car tandis que leurs mots se rencontrent, les silences qui dansent par-delà les phrases révèlent leur langage. Ce sont parfois des frissons d’un désir à peine né qui se dévoilent.

Seurat, Femme accoudée au parapet de la Seine

lundi 31 mars à 18h16 par myr | # | 7 commentaires

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Les élections

Il marche dans la foule, submergé par ces puissantes émotions qui, au final, ne se partagent que dans le silence. Dans le tourbillon des bravos et la liesse des cœurs, des vagues de félicité l’inondent. Il est tant ému. Elle avait souvent hésité, l’avait même caressé de voix bienveillantes et prometteuses avant de se dérober. Mais sa résistance ne l’avait pas découragé et il avait attendu son heure sans jamais se faire oublier de cette belle “gaillarde”. Il la savait sincère malgré ses éparpillements et il était loyal, ils ne pouvaient que se rencontrer. Ce soir, elle s’offrait à lui sans réserve...
Dans les rues de la ville, hommes et femmes se pressaient jusqu'à la salle d’honneur. Ils parlent fort, se réjouissent, se congratulent. Sa victoire est la leur. Il sourit, remercie, serre une multitude de mains, étreint les amis de toujours. Il ferme un instant les yeux et goûte le bonheur de la quête. Elle l’a choisi. Leur histoire débute ce soir et, ensemble, ils vont écrire les jours et les ans à venir.

lundi 17 mars à 13h50 par myr | # | 11 commentaires

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Cayenne

L’heure approche du soir, de ce moment fragile où les amandiers recourbent leurs pétales. Il quitte le boulodrome et s’offre une dernière balade sur la plage de Montado. Assis face au large, l’homme musarde devant le soleil qui se couche dans l’horizon. Il joue avec le sable du bout des doigts et sa main rencontre un objet souple et fin, un bracelet perdu sur la rive.
Il détaille les minuscules perles d’argent, les touches délicates de nacre et, dans un souffle d’alizé, rêve à la courbe des épaules et au galbe des hanches de cette inconnue. Ils sont blottis. Silencieux. Leurs formes s’apprivoisent, leur peau se respire et la langue de leurs gestes les grise. Tandis qu’ils s’enivrent de leurs chaleurs unies, une chanson se dessine dans les cieux : « Dans mon île, un parfum d'amour se faufile dès la fin du jour. Ses yeux brillent et ses cheveux bruns s'éparpillent sur le sable fin, car mon île c’est le Paradis. »

(Hommage à Henri Salvador)

lundi 18 février à 08h17 par myr | # | 6 commentaires

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Cognac

Elle aime marcher dans ces rues piétonnes. Chacun de ses pas porte la mémoire de ce dernier été où elle était venue se fondre dans la passion du blues. Pendant le festival, elle a flâné au gré des envies de musique dans le grand parc de la ville. Régime blues tous les jours.
A Cognac, les scènes burinées d’accords bleus résonnent de folles ardeurs et, blottis au creux de la foule, les oreilles et les cœurs sont gourmands.
Dans cette volupté où le blues ébouriffe les âmes, il a suffi d’un rien, d’une note, d’un accord. Il a suffi d'un rien, une musique, une voix... et leurs corps qui s’effleurent. Leurs mains se sont cherchées, leurs mains se sont étreintes puis se sont chevauchées au rythme du silence embrasé du concert. Au son des voix rebelles, l'éphémère part des anges consacre l'alliance muette de leur peaux aimantées. Il l’enlace, elle frémit et cette nuit parfume toutes celles à rêver.

 Illustration : Willem Martens

lundi 11 février à 08h36 par myr | # | 5 commentaires

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Le Train Bleu

Cette correspondance qui ne correspond pas lui offre trois heures d’attente à la gare de Lyon. Une enseigne perchée au premier étage, face aux voies, la séduit : Le Train Bleu. Elle franchit le lourd rideau de velours rouge qui officie à l’entrée de ce restaurant mythique et la voici happée par la magie du siècle dernier. Ici tout est faste, splendeur et exubérance : les hautes voûtes du plafond ornées de fresques somptueuses, les sculptures et moulures en stuc doré, les fauteuils club et les banquettes cuir qui gardent l’empreinte de Cocteau, Pagnol, Coco Chanel, Sarah Bernhardt...
Etourdie par ce décor, elle commande un café et s’abandonne aux peintures qui dessinent le rêve de destinations lointaines. Elle s’attarde sur la volupté d’une cariatide lorsqu’un regard percute le sien. Planté à quelques mètres d’elle, un homme téléphone. Il l’observe, la détaille. L'effronté déguste ses prunelles, se glisse, s'immisce, la fouille au plus profond. Il raccroche, s'approche. Son seul regard arrête le temps. D’un seul regard, d’un seul, il a léché sa bouche...

Crédit photo : Arnaud Frich (http://www.arnaudfrichphoto.com)
 

lundi 04 février à 08h20 par myr | # | 3 commentaires

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Le Pic du midi

La fin de la journée approche quand elle monte dans le téléphérique qui enjambe les montagnes. Un défi pour elle qui ne connaît pas ces grands espaces autrement que sur les cartes postales et dans les documentaires. Elle est intimidée, un brin inquiète, à l’affût du moindre bruit insolite, mais à peine la lourde machine a-t-elle parcouru quelques mètres qu’elle est envoûtée par l’infini qui l’enrobe.
Arrivée sur la terrasse de l’Observatoire, les cimes enroulées de nuages l’aspirent. Les sommets de neige dessinent une chaîne luisante qui enlace sa chair enflammée. Il fait jour de pleine lune dans cette nuit ensoleillée. Le saisissement est trop intense, elle détourne la tête quelques secondes pour reprendre son souffle. C’est alors qu’elle le voit. Il traverse l’esplanade d’un pas vif. Cet homme est un sourire. Il étreint le silence de l’hiver et un frisson brûlant la traverse. Elle vogue entre ciel et terre, plantée sur ce Pic majestueux qui la pénètre corps et âme.

Crédit photo : Régie du Pic du Midi, N. STRIPPE
 

lundi 28 janvier à 09h21 par myr | # | 6 commentaires

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Dinard

Il marche en solitaire sur le chemin des douaniers qui serpente le long de la côte d’Emeraude. Porté par les tourbillons du vent, il avance d’un pas rapide, la tête encapuchonnée dans le vieux caban coutumier des tourmentes de cette étroite Manche. Ses pensées volent vers Signac, Picasso, Lawrence d’Arabie et tant d’autres qui ont foulé le même sol dinardais.
Au détour d’une courbe, son regard rencontre une silhouette endimanchée perdue sur ce sentier de rocaille. Les bourrasques flagellent ce dos gracile et plaquent un frêle tissu sur des formes pulpeuses. Il est troublé par cette femme qui résiste à l’audace du vent. Il devine le souffle qui traverse sa nuque pour s’écraser dans la chaleur de ses reins, ses lèvres affolées sous le suc des embruns et le frisson de son corps inondé par cette étreinte sauvage. En bord de terre de ce bord de mer, il chavire dans les vagues de la femme sirène.

Sirènes - Charles Edward Boutibonne

lundi 21 janvier à 08h00 par myr | # | 7 commentaires

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Cahors

Sous le pont Valentré coule le Lot et les prairies enflammées d’amoureux étourdis de baisers. Au bout du pont, une petite route file vers la campagne le long d’une sombre colline, feuillue, qui borde la rivière. À l’autre bout de ce haut pont moyenâgeux orné de trois imposantes tours, la ville. La cité cadurcienne grouille d’images et de photos passées et à venir. L’ivresse des ruelles conforte celle du vin ; on trempe les lèvres dans le breuvage vermeil et l’on goûte aux limpides secrets d’une robe pourpre et d’une cuisse divine.
C’est sur ce pont qu’il l’a embrassée pour la première fois. Elle avait posé ses hauts talons et marchait nus pieds sur les pavés. Il s’est arrêté face à elle, il l’a fixée du clair de ses yeux et a lentement dénudé ses lèvres avant d’y jouer le baiser du prélude.

Peinture de Francesco Hayez

vendredi 11 janvier à 12h51 par myr | # | 3 commentaires

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Image de pluie

La pluie inonde les vitres de la voiture et la radio complice chante Nougaro. Une nouvelle journée où la pluie fait des claquettes sur les trottoirs de la ville. A travers son pare-brise trempé, il aperçoit une femme haut perchée sur des bottes qui galbent ses mollets. Ses cheveux prennent plaisir à se coller sur son visage en même temps que son imper, fouetté par le vent, se dérobe sous des rafales.
Elle est froide cette eau qui tombe du ciel aujourd’hui et sur l’étoffe du chemisier crème boutonné avec sagesse se dessinent les seins de la passante. Deux dards sombres se dressent, mouillés et auréolés des plaisirs qu’il imagine dans le gris de ce matin d’hiver. Il aime la pluie quand les femmes s’y collent.
 

lundi 07 janvier à 12h00 par myr | # | 1 commentaire

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Le petit-déjeuner

Son luxe à lui, celui qu’il s’accorde dans les premiers rayons du soleil, c’est de son prendre son petit-déjeuner dans la véranda d’un bistrot. Il se colle derrière la vitre, boit un long café noir et observe les passants du petit matin.
Son regard s’arrête sur une petite robe crème qui traverse la rue avec belle allure. La brise taquine l’étoffe qui ondule à chaque pas et il la trouve craquante, cette petite robe-là. Elle moule les rondeurs, expose la grâce du cou et dégage une paire de jambes décidées. Un coup de vent inattendu s’enroule dans le vêtement, soulève un pan du fluide tissu et dévoile quelques centimètres de dentelle. Il savoure son café dans l’image de cette petite robe crème, craquante comme une biscotte, et de cette fine dentelle, goûteuse comme un filet de miel.


(Photo : Jean-Loup Sieff, 1976)

mercredi 26 décembre à 08h29 par myr | # | 6 commentaires

smiley : regular_smile Aujourd'hui

En cette fin d'année,
vers vous tous,
un bouquet de sourires pour tous les jours à venir .
kiss
samedi 22 décembre à 13h11 par myr | # | 4 commentaires

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La Promesse

L’hiver, les corps s’emmitouflent et les yeux se font rieurs sous les multiples couches de laine et de polaires. Les jours sont plus courts, les jupes sont plus longues et les chemises ouvertes sur les torses des hommes se cachent sous des pulls.
Dans le froid bleu des jours d’hiver, on croise le parfum d’un rire, la chair tendre de fruits à goûter, le mystère de monts et vallées à fouiller mais il faut deviner, créer, imaginer, tous ces trésors dissimulés.
C’est la chansonnette d’hiver avec gants, écharpes et bonnets qui portent la chaude promesse de jours et de nuits rêvés avec l’inconnu tout juste croisé dans les pas rapides de ces heures glacées.
Puis au coin de rue, un Père Noël joyeux sourit aux enfants et charme les mamans alors que d’autres rêvent d'un amour ainsi vêtu, nu sous un habit rouge...
Le Père Noël est une promesse de souvenirs.
jeudi 20 décembre à 19h39 par myr | # | 2 commentaires

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Les huîtres

« Aphrodisiaques, les huîtres ? Ça reste à prouver ! » répond-il à l’écailler dans un grand rire en emportant sa bourriche sous le bras. Il apprécie la douceur éphémère de cette soirée au coin du feu et attaque la première douzaine avec un couteau plat. L’océan bondit dans la pièce, s’installe dans ses narines au cœur de chaque inspiration. L’homme tient les huîtres joufflues ancrées dans sa main et les ouvre avec application et vigilance mélangées. Il se concentre, recommence encore et encore. Dans l’odeur d’algues et de marée, de petites perles de sueur naissent au-dessus de sa lèvre supérieure quand l’envie d’en goûter une le saisit.
Il porte la coquille à ses lèvres et aspire. Une vaguelette salée, petite larme de mer, s’évapore dans sa bouche et l’huître dodue lui offre sa chair gouleyante. Les sécrétions marines régalent son palais et il ferme une seconde les yeux en pensant : « Ce vendeur a peut-être raison... » 
mercredi 05 décembre à 18h15 par myr | # | 4 commentaires

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La source

Il aime l’odeur de l’automne. Ces petits riens qui font chanter les yeux. Et le reste. Marcher dans un sous-bois, dans le silence des premières fraîcheurs, au rythme des brindilles qui craquent sous le pied.
Il s’aventure à la lisière d’une broussaille, découvre l’aubade d’un ruisseau inconnu. C’est un afflux de sensations, d’odeurs entêtantes d’herbes folles. Il s’agenouille, se penche à la source vive, la contemple et l’effleure du bout des doigts. De fines gouttelettes jaillissent vers le sombre fourré. Il enfonce davantage la main et le flot devient fontaine au creux de sa paume. Il ferme les yeux, s’enivre et s’abandonne au flux soutenu de la source. Elle est douce comme un souffle qui glisse sous sa chemise et qu’il redistribue sur une nuque aimée, ou désirée.
 
(Baigneuse à la source, Gustave Courbet, 1868, Musée d'Orsay)

lundi 26 novembre à 07h48 par myr | # | 4 commentaires

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Le ventilateur

Il y a foule ce matin dans sa petite boutique et en reculant pour ouvrir la caisse, il fait tomber le ventilateur posé sur l’étagère. Il ne prend pas le temps de le ramasser mais lui jette un coup d’œil et constate qu’il tourne toujours même s’il est un peu de guingois, la tête inclinée vers le haut.
En riant, il explique à ses clients que l’appareil est en position pour leur rafraîchir les hanches ! Aussitôt dit, aussitôt mis en œuvre… l’air s’engouffre sous une jupe trop fluide. Bouche bée, la cliente échappe un petit cri et d’un geste rapide, ses mains plaquent le bas du vêtement sur les jambes gantées de bas soyeux. Le courant d’air joueur n’en reste pas là et glorifie une fesse charnue. Elle éclate de rire alors qu’en bon cinéphile, l’homme promet de rebaptiser son magasin “Marylin”.
mercredi 14 novembre à 12h35 par myr | # | 3 commentaires

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L'orage

Quand l’orage gronde derrière la vitre, elle se réjouit du ciel enflammé et des folles bourrasques. Elle guette le ruissellement des eaux qui nappe les trottoirs et enroule les feuilles en vives cabrioles. Enfant, elle observait l’interminable glissement des gouttes de pluie le long des fils électriques qui enguirlandaient les rues. Aujourd’hui, les fils ont disparu du paysage des villes et les petites funambules du ciel n’ont plus guère d’endroits où se percher. Elles s’attardent alors sur les chaises d’un balcon ou lambinent sur un séchoir à linge.
Dès que l'orage cesse, elle sort sur la terrasse qui s’ouvre vers le jardin. Le tourbillon des parfums de terre mouillée la chavire, comme une sueur de corps aimé. Du bout de l’index, elle cueille quelques gouttes brillantes et mouille ses lèvres de ce nectar des dieux.
 
Photo : Robert Doisneau, Reflets de pluie


mardi 13 novembre à 13h30 par myr | # | 3 commentaires

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Le frisson


Il lui offre lentement le bout de son pied et un petit frisson le traverse. Elle lui lèche les talons et titille même son mollet avant de repartir tout aussitôt. Il est surpris mais ce frisson qui le parcourt lui plaît. Quoiqu’un peu froide en apparence, elle l’attire. Il la devine douce, souple, exactement ce dont il a envie. Il fait un pas en avant, deux en arrière, hésite. Doit-il prendre son temps, foncer sans réfléchir ? Peut-être est-elle vraiment froide…
Séductrice en diable, elle revient à la charge, serpente sur la plage, l’invite, l’émoustille. Il ne dit rien. Il la fixe. Ce va-et-vient l’amuse, l’encourage aussi. Il se décide et avance d’un pas assuré. Son ventre se noue un peu quand elle glisse entre ses jambes mais il s’aventure plus loin et la fraîcheur devient caresse. La mer l’accueille, il plonge.
lundi 12 novembre à 07h54 par myr | # | 2 commentaires

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La chevelure

C’est l’heure de sa pause-déjeuner. Dans ce soleil d’automne, elle s’assoit sur le petit banc rouge du parc, elle ferme les yeux et plonge dans la tendre tiédeur des grands arbres.
Dans ces jours de travail et l’envie d’être ailleurs, son esprit gambade dans l’herbe de l’imaginaire. Elle vagabonde dans la vie des passants en soulignant d'infimes détails et s'amuse. A chaque mouvement de tête, sa chevelure d’émail noir enrobe ses épaules, caresse sa nuque nue. La lumière crue du soleil dans les allées l’éblouit et une vague de chaleur la traverse. Elle lève les bras derrière la tête, attrape les lourdes boucles, les roule, les enroule et les ordonne en un épais fuseau qu’elle relève en chignon. Dans le chuchotement des feuilles, elle y plante un petit bijou qui souligne cette nuque si blanche dévoilée aux regards.

 
(Photo : Cali Rezo)

vendredi 09 novembre à 12h13 par myr | # | 3 commentaires

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La douche

Ces petits kilos capturés pendant l’été, il les observe en détail sous la douche. C’est décidé, il va s’y mettre. À la gym, au vélo, au régime ou à n’importe quoi mais il veut faire disparaître ce petit embonpoint qui le taquine.
Occupé à dessiner sa nouvelle silhouette, il ne l’entend pas. Elle se faufile dans la salle de bain et avance à pas de velours vers ce corps nu qu’elle distingue dans la vapeur de la douche. À peine sent-il une présence derrière lui qu’elle se colle vigoureusement contre son dos. L’eau ruisselle sur leurs corps et ses vêtements qu’elle n’a pas ôtés se moulent sur sa peau. Elle lui saisit les bras, immobilise haut ses poignets, le plaque contre le mur et lui murmure à l’oreille : « Tes poignées d’amour, c’est mon pêché mignon… ».

Photo : Monette (http://noiretblanc.uniterre.com)
jeudi 08 novembre à 08h38 par myr | # | 4 commentaires

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Le train

Le quai est noir de monde. Derrière la vitre du compartiment, elle regarde les voyageurs qui se pressent pour monter puis elle observe leur défilé dans l’étroit couloir du wagon. Les corps se croisent, se rasent, se bousculent parfois.
Une immense paire de jambes vient s’asseoir en face d’elle ; l’homme contorsionniste se replie dans le seul espace disponible. Elle se redresse et tourne la tête en échappant vers lui un regard qui se veut discret.
Bercées par la cadence monotone des rails, leurs jambes se frôlent sans se toucher. Chacun le sait, chacun le sent. Il suffit d’un instant - celui où la voisine tente de se lever - pour que le frêle équilibre s’évanouisse. Les jambes aimantées se rejoignent et leurs genoux se blottissent l’un dans l’autre. Elle entrouvre les lèvres, se laisse gagner par la chaleur et continue de regarder par la vitre du compartiment...
mardi 06 novembre à 08h10 par myr | # | 5 commentaires

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Le jeu

Grande table et éclats de rires sont au menu. Au dessert, l’un d’eux propose un Colin-Maillard dans le grand jardin. Ce jeu au parfum d’enfance, rehaussé de saveurs interdites, les séduit.
Bandeau sur les yeux, il traverse à pas lents la fraîcheur des grands arbres. Bras tendus, il cherche. Le silence l’accompagne dans sa quête jusqu’à ce qu’il perçoive une respiration sur sa gauche. Il s’approche... Nichée dans un bosquet touffu de bambous, elle l’observe et n’ose bouger un cil tandis qu’il se fraie un passage dans le feuillage.
De sa main, il frôle son épaule, il froisse le tissu qui habille sa peau. A tâtons, il remonte vers son cou dénudé. Sans la voir, il l’explore, la palpe délicatement ; du bout des doigts, il devine chaque centimètre, joue dans la courbe de sa clavicule, effleure sa gorge...
Le temps d'un infini, la chaleur de leurs souffles se rejoint et ses jambes se mettent à frémir alors qu'elle comprend une phrase énigmatique que lui murmurait sa grand-mère :
« Tu sais, ma chérie, ce n’est pas tant la vue qui crée l’intimité, ce sont les gestes tendres et les souffles mêlés »...
 
Sculpture de Victorien Bastet


lundi 05 novembre à 18h08 par myr | # | 1 commentaire

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Les chaussures

Pour lui, travail rime avec chaussures. Autrement, il se balade en baskets ou pieds nus. Chaque matin, il les enfile machinalement sauf qu’aujourd’hui, il marche à peine trois pas et s’arrête pour examiner ses pieds. Il se sent bien dans cette nouvelle paire achetée la veille : bandes de cuir pour sangler le pied, semelles matelassées. Et les orteils à l’aise, comme s’il les découvrait. Il les agite de haut en bas, se surprend même à pouvoir les écarter largement.
Il enfouit plus encore le pied dans le fourreau de cuir. La chaussure se fait étroite et l’enserre. Les muscles de ses phalanges durcissent, alors de pied ferme il pétrit la semelle, marque l’empreinte de sa chair. Il est surpris par l’agilité de ces doigts-là qu’il serait bon d’explorer avec audace dans d’autres circonstances, se dit-il en reprenant sa marche.

 

dimanche 04 novembre à 08h50 par myr | # | 2 commentaires

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Le dîner

Il l’a invitée à dîner. Il aimerait la surprendre et lui a mitonné un repas enchanteur aux saveurs du jardin. De l’entrée au dessert, les mets sont composés de fleurs. Autour de la table dressée, ils partagent le goût sucré des pensées, le bouquet pimenté de la capucine et l’arôme frais des tiges pourpres du bégonia. Dans l’attente du dessert, il l’invite à croquer une petite feuille vert amande, couverte d’un fin duvet. Elle hésite un instant puis mordille la jeune pousse : la houle d’une saveur marine la chavire ; des embruns d’océan déferlent dans son palais, glissent dans sa gorge, se mêlent à sa chair troublée. Elle s’imagine entre dune et plage, les yeux plantés dans le regard de cet apprenti botaniste. Enlacée de soleil et habillée du seul vent, elle cueillerait à bouche que veux-tu le sel égrené sur la peau de son hôte tandis qu’il régalerait ses vallées impulsives et sauvages...
« Tu aimes la bourrache ? » demande-t-il d’un air mutin. Ses joues de pivoine répondent en silence avant qu’elle ne murmure : « Elle me met l’eau à la bouche... ».

jeudi 25 octobre à 12h48 par myr | # | 7 commentaires

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Le rire

La première chose qu’il entend, c’est un brouhaha de paroles au milieu desquelles se détache une voix légère et enjouée, un peu voilée aussi. S’envole aussitôt une cascade de rires qui le stoppe dans sa marche et lui enlève un sourire. Debout au milieu du trottoir, il lève la tête vers le premier étage de cette maison en travaux. Deux fenêtres éclairées par le matin naissant sont grandes ouvertes sur la rue. Dans l’une d’elles se dessine un dos de femme, appuyé sur le garde-corps et étourdi de gaieté. Comme un déluge de soleil, le rire de l’inconnue déborde dans la rue, inonde les passants et s’évade en courant vers la ville.
Captivé par cette vague de bonne humeur, l’homme observe les tressaillements du pull moulé sur ce dos mystérieux. Il songe à cette belle, assise sur le dormant de bois, et rêve de cueillir des braises dans ce joyeux châssis de fenêtre.

(Salvador Dali, Gala nue de dos, 1960)
mardi 23 octobre à 08h18 par myr | # | 1 commentaire

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La porte

Ils marchent dans les ruelles de la vieille ville, visitent ici et là le trésor des siècles passés mais la conversation va bon train et freine leurs pas sur le pavé. Elle perçoit leur attirance mutuelle pourtant, malgré de sensuelles joutes verbales, chacun reste à bonne distance. La lourde porte d’un monument historique s’en mêle et leur joue un tour en emberlificotant l’ourlet de la robe fleurie dans une de ses charnières.
Le nez collé à dix centimètres du tissu pris au piège, l’homme tente une opération « ouverture-de-porte-sans-déchirer-la-robe » quand la minuterie cesse toute activité et les plonge dans la pénombre. Il perd l’équilibre, s’accroche au mollet de la douce, s’y attarde et, lentement, ses mains remontent le long des jambes nues. À cet instant, elle aime les minuteries.

 

lundi 22 octobre à 08h31 par myr | # | 3 commentaires

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Les nuages

C’est le temps de l’automne. Il paresse dans la quiétude d’un jour sans souci. Il avait presque oublié ces moments à la couleur de l’enfance où l’on regarde les nuages pour les redessiner de mille images.
Les yeux dans les cieux, il met le cap vers une silhouette cotonneuse portée par le vent du matin. Une vahiné aux seins lourds flotte dans ce coin de bleu. Taille fine et hanches généreuses, la fille de l’air déploie ses charmes. La danse de ses longs bras l’enveloppe, le cajole, déplie dans son regard un chemin de volupté. Ce corps modelé dans une ouate pulpeuse le trouble et il se plaît à rêver à la bienveillance de ses formes. Mais déjà, la sirène du ciel tangue vers d’autres rives et s’arc-boute dans l’indolence du vent pour épouser d'autres rêves. C’est ainsi, dans les nuages vivent mille images au parfum de septième ciel.
vendredi 19 octobre à 08h26 par myr | # | 4 commentaires

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Le marché

Ça grouille, ça rit, ça gouaille sur le marché ce matin. Le cabas déjà rempli, elle se faufile dans ce tableau vivant de fruits et de légumes. Il ne lui manque que quelques carottes et il y a foule au stand du maraîcher.
Dans la file d’attente, une conversation attire son attention. C’est une langue étrangère dont elle ne comprend pas un mot. Elle ferme les yeux un court instant et elle écoute... Il faut savoir qu’elle a toujours aimé se laisser conquérir par une langue. C’est chaque fois un nouveau voyage, des sensations inconnues qui la transportent vers un pays à découvrir. Certaines sont douces, veloutées, d’autres plus abruptes, un brin sauvages. Il y a celles qui cherchent leur place en bouche et d’autres encore fort intrépides, voire quasi-conquérantes, sans parler de ces gaillardes qui papillonnent sans complexe. Des langues rondes, des langues fines, pointues, légères ou graves... Au final, elle n’a nulle préférence. Chaque langue a du talent pour déclarer ses intentions. 
jeudi 18 octobre à 08h44 par myr | # | 4 commentaires

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L'attente

Il attend. Il l’attend. Depuis des jours. Elle est devant lui maintenant et il ne sait pas encore quels seront ses mots. Il les espère couverts de lettres à ne pas suivre à la lettre. Des mots qui portent la trace de ses courbes et de ses déliés, ceux-là mêmes qui crient son désir dans le silence des paroles trop vite préparées. Il sait que les voyages sont propices aux feux de paille, cependant même si les mots ne sont que des mots, ils brillent sous leur coquille de tous les possibles. Il souhaite des premières phrases garnies de senteurs chaudes qui ouvrent grand la porte vers le ravissement. Planté dans une assurance trop calme, il la regarde et elle l’enflamme déjà. Il est prêt à goûter l’empreinte charnelle de ses mots. Oui, il l’attendait cette lettre.
mercredi 17 octobre à 08h34 par myr | # | 2 commentaires

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Le Thé glacé

Dès les premières lueurs du soleil sur la place, elle s’installe à la terrasse du petit bar. Les sièges sont déjà chauds et ses jambes collent au fauteuil en plastique mais qu’importe ! Elle veut profiter au maximum de ces quelques jours de congés et s’étire avec nonchalance.
Au barman, elle commande un thé glacé qu’elle déguste en regardant les passants, couleurs vives rivées au corps. Un couple prend place à la table voisine quand, soudain, l’homme trébuche et heurte son coude tandis qu’elle porte le verre à ses lèvres. Un mince filet de thé glacé s’échappe, se faufile à la naissance de son décolleté et glisse sous le tissu de son chemisier affolé. Le froid la saisit, dresse sa poitrine et son buste alors que les perles de thé se frayent un chemin dans la douceur de son corps chaud...
mardi 16 octobre à 18h04 par myr | # | 5 commentaires

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La sieste

Seuldeux rayons de soleil percent la pénombre de la chambre. Couchée dans le grand lit, yeux mi-clos,elle savoure cette sieste comme un cadeau qu’elle s’offre dans les draps blancs des jours d’automne. Elle s’enchante des voix sourdes de la rue et de ces deux cœurs gravés dans les volets pour laisser entrer le jour. Les faisceaux de lumière traversent l’espace de la fenêtre jusqu’à son ventre nu. A peine bouge- t-elle de quelques centimètres que leur marque ondule en toute impudeur sur sa peau. Elle s’en amuse et glisse un peu plus bas dans le lit pour que les couronnes de soleil se perdent dans les ombres de son corps, butent sur ses seins. Elle les ajuste sur les pointes et dessine du bout des doigts ces auréoles de lumière tatouées sur sa peau. La sensation est délicieuse, elle frissonne et ferme les yeux.

 

lundi 15 octobre à 08h04 par myr | # | 4 commentaires

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Le réveil

Le réveil n’a pas sonné. Elle ouvre à peine les yeux, s’interroge un bref instant et apprécie le bonheur du jour : c’est un matin de grasse matinée. Elle s’étire, se tourne sur le côté, sent la couette rouler sur son dos puis se pelotonne dans la chaleur caressante des draps. Sa cuisse bute sur une forme chaude et soyeuse qui vient immédiatement se blottir contre son ventre. Tandis qu’elle se repaît de l’odeur de la nuit collée sur l’oreiller, sa main câline et lisse le doux pelage de haut en bas. Après ces tendres allers-retours, elle ralentit le rythme et part se nicher dans un creux près des côtes, un geste qu’il aime particulièrement. Il s’abandonne à ses caresses, roule sur le dos et, sous ses longues moustaches, le chat démarre un ronronnement sans fin.
vendredi 12 octobre à 08h48 par myr | # | 2 commentaires

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La pêche

Elle rentre du travail, harassée de chaleur. L’appartement est chaud, trop moite. De la chaise au fauteuil et du fauteuil au canapé, elle occupe les heures. Envie de tout, envie de rien. Elle attrape une pêche posée sur la table et elle commence à la peler. Lentement. En tenant fermement le fruit entier dans la main. Elle est bien mûre et sans la peau, elle la trouve fraîche. Glissante aussi. Le premier morceau fond sur sa langue et surprend son palais. Il réveille la gourmandise, le désir de reprendre en bouche cette chair moelleuse. Pour ne pas laisser échapper le fruit, elle exerce une légère pression, le jus se met à couler dans sa main. Il perle le long de son avant-bras et tandis que sa langue lape sa peau humide, toute la sensualité de la pêche lui apparaît. Et l’enivre. Elle joue longuement avec ce fruit offert entre ses doigts.
jeudi 11 octobre à 08h41 par myr | # | 4 commentaires
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