Message pour vous
Chers Vous,
Je ne vous quitte pas mais, pour le moment, une suite d'événements ne me laisse pas d’espace pour écrire.
Parallèlement, j’ai envie que ces Petits plaisirs vivent alors j’ai créé une édition participative sur Mediapart.fr, édition dans laquelle plusieurs rédacteurs peuvent écrire leurs “Petits plaisirs du jour”.
Inconvénient : Mediapart est un site payant dès lors que l’on veut poster des commentaires sur les blogs ou les éditions participatives, mais la simple lecture de ces derniers est gratuit, en accès libre.
Si vous voulez y faire un tour, c’est à cette adresse :
http://www.mediapart.fr/node/10398
(Pour le moment, ne sont en ligne que des textes que vous connaissez.)
Je ne vous quitte pas puisque je passe régulièrement voir les billets de Karmaos. :-)
Bien à vous,

Il marche dans la foule, submergé par ces puissantes émotions qui, au final, ne se partagent que dans le silence. Dans le tourbillon des bravos et la liesse des cœurs, des vagues de félicité l’inondent. Il est tant ému. Elle avait souvent hésité, l’avait même caressé de voix bienveillantes et prometteuses avant de se dérober. Mais sa résistance ne l’avait pas découragé et il avait attendu son heure sans jamais se faire oublier de cette belle “gaillarde”. Il la savait sincère malgré ses éparpillements et il était loyal, ils ne pouvaient que se rencontrer. Ce soir, elle s’offrait à lui sans réserve...
L’heure approche du soir, de ce moment fragile où les amandiers recourbent leurs pétales. Il quitte le boulodrome et s’offre une dernière balade sur la plage de Montado. Assis face au large, l’homme musarde devant le soleil qui se couche dans l’horizon. Il joue avec le sable du bout des doigts et sa main rencontre un objet souple et fin, un bracelet perdu sur la rive.
Elle aime marcher dans ces rues piétonnes. Chacun de ses pas porte la mémoire de ce dernier été où elle était venue se fondre dans la passion du blues. Pendant le festival, elle a flâné au gré des envies de musique dans le grand parc de la ville. Régime blues tous les jours.
Cette correspondance qui ne correspond pas lui offre trois heures d’attente à la gare de Lyon. Une enseigne perchée au premier étage, face aux voies, la séduit : Le Train Bleu. Elle franchit le lourd rideau de velours rouge qui officie à l’entrée de ce restaurant mythique et la voici happée par la magie du siècle dernier. Ici tout est faste, splendeur et exubérance : les hautes voûtes du plafond ornées de fresques somptueuses, les sculptures et moulures en stuc doré, les fauteuils club et les banquettes cuir qui gardent l’empreinte de Cocteau, Pagnol, Coco Chanel, Sarah Bernhardt...
Il marche en solitaire sur le chemin des douaniers qui serpente le long de la côte d’Emeraude. Porté par les tourbillons du vent, il avance d’un pas rapide, la tête encapuchonnée dans le vieux caban coutumier des tourmentes de cette étroite Manche. Ses pensées volent vers Signac, Picasso, Lawrence d’Arabie et tant d’autres qui ont foulé le même sol dinardais.
Sous le pont Valentré coule le Lot et les prairies enflammées d’amoureux étourdis de baisers. Au bout du pont, une petite route file vers la campagne le long d’une sombre colline, feuillue, qui borde la rivière. À l’autre bout de ce haut pont moyenâgeux orné de trois imposantes tours, la ville. La cité cadurcienne grouille d’images et de photos passées et à venir. L’ivresse des ruelles conforte celle du vin ; on trempe les lèvres dans le breuvage vermeil et l’on goûte aux limpides secrets d’une robe pourpre et d’une cuisse divine.
Son luxe à lui, celui qu’il s’accorde dans les premiers rayons du soleil, c’est de son prendre son petit-déjeuner dans la véranda d’un bistrot. Il se colle derrière la vitre, boit un long café noir et observe les passants du petit matin. 
« Aphrodisiaques, les huîtres ? Ça reste à prouver ! » répond-il à l’écailler dans un grand rire en emportant sa bourriche sous le bras. Il apprécie la douceur éphémère de cette soirée au coin du feu et attaque la première douzaine avec un couteau plat. L’océan bondit dans la pièce, s’installe dans ses narines au cœur de chaque inspiration. L’homme tient les huîtres joufflues ancrées dans sa main et les ouvre avec application et vigilance mélangées. Il se concentre, recommence encore et encore. Dans l’odeur d’algues et de marée, de petites perles de sueur naissent au-dessus de sa lèvre supérieure quand l’envie d’en goûter une le saisit.
Il aime l’odeur de l’automne. Ces petits riens qui font chanter les yeux. Et le reste. Marcher dans un sous-bois, dans le silence des premières fraîcheurs, au rythme des brindilles qui craquent sous le pied.
Il y a foule ce matin dans sa petite boutique et en reculant pour ouvrir la caisse, il fait tomber le ventilateur posé sur l’étagère. Il ne prend pas le temps de le ramasser mais lui jette un coup d’œil et constate qu’il tourne toujours même s’il est un peu de guingois, la tête inclinée vers le haut.
Quand l’orage gronde derrière la vitre, elle se réjouit du ciel enflammé et des folles bourrasques. Elle guette le ruissellement des eaux qui nappe les trottoirs et enroule les feuilles en vives cabrioles. Enfant, elle observait l’interminable glissement des gouttes de pluie le long des fils électriques qui enguirlandaient les rues. Aujourd’hui, les fils ont disparu du paysage des villes et les petites funambules du ciel n’ont plus guère d’endroits où se percher. Elles s’attardent alors sur les chaises d’un balcon ou lambinent sur un séchoir à linge.
C’est l’heure de sa pause-déjeuner. Dans ce soleil d’automne, elle s’assoit sur le petit banc rouge du parc, elle ferme les yeux et plonge dans la tendre tiédeur des grands arbres.
Ces petits kilos capturés pendant l’été, il les observe en détail sous la douche. C’est décidé, il va s’y mettre. À la gym, au vélo, au régime ou à n’importe quoi mais il veut faire disparaître ce petit embonpoint qui le taquine.
Grande table et éclats de rires sont au menu. Au dessert, l’un d’eux propose un Colin-Maillard dans le grand jardin. Ce jeu au parfum d’enfance, rehaussé de saveurs interdites, les séduit.
La première chose qu’il entend, c’est un brouhaha de paroles au milieu desquelles se détache une voix légère et enjouée, un peu voilée aussi. S’envole aussitôt une cascade de rires qui le stoppe dans sa marche et lui enlève un sourire. Debout au milieu du trottoir, il lève la tête vers le premier étage de cette maison en travaux. Deux fenêtres éclairées par le matin naissant sont grandes ouvertes sur la rue. Dans l’une d’elles se dessine un dos de femme, appuyé sur le garde-corps et étourdi de gaieté. Comme un déluge de soleil, le rire de l’inconnue déborde dans la rue, inonde les passants et s’évade en courant vers la ville.
Ils marchent dans les ruelles de la vieille ville, visitent ici et là le trésor des siècles passés mais la conversation va bon train et freine leurs pas sur le pavé. Elle perçoit leur attirance mutuelle pourtant, malgré de sensuelles joutes verbales, chacun reste à bonne distance. La lourde porte d’un monument historique s’en mêle et leur joue un tour en emberlificotant l’ourlet de la robe fleurie dans une de ses charnières.
C’est le temps de l’automne. Il paresse dans la quiétude d’un jour sans souci. Il avait presque oublié ces moments à la couleur de l’enfance où l’on regarde les nuages pour les redessiner de mille images.
Seuls deux rayons de soleil percent la pénombre de la chambre. Couchée dans le grand lit, yeux mi-clos,elle savoure cette sieste comme un cadeau qu’elle s’offre dans les draps blancs des jours d’automne. Elle s’enchante des voix sourdes de la rue et de ces deux cœurs gravés dans les volets pour laisser entrer le jour. Les faisceaux de lumière traversent l’espace de la fenêtre jusqu’à son ventre nu. A peine bouge- t-elle de quelques centimètres que leur marque ondule en toute impudeur sur sa peau. Elle s’en amuse et glisse un peu plus bas dans le lit pour que les couronnes de soleil se perdent dans les ombres de son corps, butent sur ses seins. Elle les ajuste sur les pointes et dessine du bout des doigts ces auréoles de lumière tatouées sur sa peau. La sensation est délicieuse, elle frissonne et ferme les yeux.
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